Cotonou, le | ---
lundi 29 mars
Bernardine Y. do Rego, Rafiatou Karimou, Marie-Elise Gbèdo et Gisèle Léonie Hountondji : 4 femmes pionnières dans 4 domaines au Bénin
Quand on parle de valorisation de la gent féminine au Bénin, il y a des femmes qui tiennent lieu de référence. Des femmes qui font parler d’elles en tant que pionnières dans divers domaines. Quatre d’entre elles nous entraînent ici dans leurs parcours professionnels pour donner aux jeunes leurs secrets de réussite sociale.

Il s’agit de Bernardine do Rego, première femme ambassadeur ; de Rafiatou Karimou, première femme ministre ; de Marie-Elise Gbèdo, première femme candidate aux présidentielles béninoises ; et enfin de Gisèle Léonie Hountondji, première écrivaine romancière, au Bénin. Qu’ont-elles dit ?

- Mme Bernardine Y. do Rego : « Je ne revendique pas la valorisation de la femme ; je me valorise moi-même par mes compétences »

Mme Bernadine Y. do Rego a été la première femme béninoise diplomate de carrière à être nommée ambassadeur. Elle a été ambassadeur du Bénin près le Nigeria et le Canada. Depuis 1994, elle est admise à la retraite. Elle nous parle ici de son expérience avec les réussites et les obstacles qu’elle a rencontrés.

« Je faisais partie des premiers contingents de cadres africains francophones à former à l’orée de l’indépendance de nos pays. Ainsi, après ma licence en droit public (actuelle Maîtrise) à Paris, j’ai opté pour une spécialisation professionnelle en finances publiques en m’inscrivant à l’Ecole des Impôts. Mais je ne me suis pas sentie à mon aise dans cette filière.
J’y ai sacrifié une année scolaire, puis j’ai changé d’orientation pour choisir les relations internationales. C’est ainsi que j’ai choisi la formation diplomatique à l’Institut des Hautes Etudes d’Outre- Mer (Iméon – actuel Institut international d’administration publique, situé à Paris). Ce choix a été fait de commun accord avec mon époux. Nous avons donc analysé les différents contours de la chose avant que je m’y engage.

Après ma formation, j’ai postulé pour la fonction publique. En mai 1964, j’ai déposé mon dossier au ministère des affaires étrangères.

‘’Et on a voulu me recaler sous prétexte que je suis une femme et que la carrière diplomatique ne serait pas destinée aux femmes. J’ai protesté en disant que j’ai suivi la même formation que les hommes et obtenu les mêmes diplômes qu’eux.’’

Mon cas a été introduit et étudié en conseil des ministres. Finalement, j’ai été admise à la fonction publique, mais juste après moi, le circuit a été fermé aux femmes. Et ce jusqu’en 1972, à la période de la révolution. Cette situation m’a galvanisée pour la suite de ma carrière.
Ce petit obstacle que j’ai rencontré dès mon intégration à la fonction m’a donnée un défi à relever. J’ai été ambassadeur successivement au Nigeria de 1982 à 1988 et au Canada de 1988 à 1994. Et avec professionnalisme – je retiens cette expression de l’appréciation des autorités des pays accréditaires- je me suis évertuée à susciter l’intérêt des pays où je représentais le Bénin pour la spécificité et l’ouverture de son peuple. Cet intérêt justifie les acquis de la coopération bilatérale du Bénin avec ces pays.

‘’Ce que je retiens de positif dans cette expérience est le sentiment de fierté de mes compatriotes à mon égard dans les pays où j’étais leur représentant : au Nigeria, au Cameroun, en Guinée Equatoriale et au Canada.’’

C’est pour dire que j’ai tout simplement fait valoir mes compétences sans aucun complexe devant les hommes.

‘’Ma nomination au poste de directrice des affaires administratives et consulaires a été comme une « punition » pour mon entêtement à entrer dans la diplomatie. J’ai été donc confinée pendant plusieurs années à ce poste au ministère des affaires étrangères.’’

Mais concernant le déroulement de ma carrière, je n’ai pas rencontré de difficultés majeures. C’est une profession que j’ai choisie en toute connaissance de cause et en pleine harmonie avec mon conjoint à qui reviennent également les mérites de ma carrière réussie au service de l’Etat béninois
‘’Les heureux souvenirs émanent surtout des témoignages divers de satisfaction aussi bien des autorités de mon pays que de celles des pays où j’ai servi.’’

A l’occasion de ma visite d’adieu quand j’étais en fin de mission au Nigeria en 1988, la plus haute autorité de ce pays m’a fait par exemple le compliment que voici : « Excellence, avant votre accréditation et votre mission au Nigeria, il ne nous serait pas venu de penser nommer une femme ambassadeur. La manière dont vous avez mené votre mission dans notre pays a convaincu et déterminé les autorités nigérianes à accéder à la demande pressante des femmes nigérianes d’être nommées aux postes d’ambassadeur du Nigeria à l’étranger. »

En effet dans les jours qui ont suivi mon départ de ce pays, j’ai observé la nomination de plusieurs Nigérianes aux fonctions d’ambassadeur. De même après la conférence des forces vives de la nation en 1990 dans mon pays, de grands changements sont intervenus, un mouvement diplomatique s’en est suivi. Néanmoins, j’ai été maintenue à mes fonctions au Canada où j’étais depuis 1988. Au cours d’une mission de consultation au pays, j’ai eu l’honneur de m’entendre dire par la plus haute autorité de mon pays – que par courtoisie, je remercie au passage pour la confiance qui m’était faite – que mon maintien à mon poste a résulté uniquement de mon mérite. Elle ajoute qu’en ce qui la concerne, elle a eu le plaisir de constater que de toutes les personnes qu’elle a eu à nommer à de hautes fonctions, il y en a au moins une à qui on n’a rien à reprocher.

Tout cela est réconfortant. Il faut dire aussi que je suis heureuse de constater que depuis deux ans, il y a des femmes béninoises diplomates de carrière, accréditées, l’une à Copenhague, et l’autre à Rome en Italie. Il s’agit respectivement de Mme Vignikin Dagnon et de Rosemonde Deffon Yacoubou. Sans oublier qu’avant elles, il y a eu des nominations politiques de femmes ambassadeur : celles de Mme Véronique Ahoyo au Canada, et de Mme Adjibi.

Comme conseil aux jeunes, je dirais tout simplement que la diplomatie est une carrière qu’il faut emprunter en connaissance de cause, car pour évoluer dedans, il y a des exigences d’aptitude auxquelles il faut se conformer. C’est une fonction qui a ses spécificités. Il faut donc réfléchir à tous les aspects avant de s’y engager si on veut faire une carrière réussie. Ceci est valable aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Je ne dirais pas que les femmes ont plus d’efforts à fournir que les hommes. C’est une question d’organisation.

‘’Que les femmes n’attendent pas que quelqu’un d’autre les valorise ; la promotion ne se revendique pas, elle se mérite. »’’

Les deux premières ont été et restent encore des femmes politiques. Et la troisième, presque inconnue ? Pourtant, ces trois dames ont quelque chose de commun. Elles sont des pionnières, chacune dans un domaine donné. C’est ce privilège qui a poussé votre journal, qui se propose de réaliser une série de dossiers sur les femmes pionnières, tous domaines confondus. Découvrez dans cette édition, ces trois femmes aux fortunes diverses, au destin contrasté.

Qui est Mme Bernardine Yéhoumè do Rego ?

Née le 20 août 1937 à Dakar (Sénégal), Bernardine Yéhoumè épouse do Rego est mariée et mère de 4 enfants. Après son Brevet d’études du premier cycle (Bepc) en 1954 et le baccalauréat série philosophique, elle s’est inscrite à la Faculté des droits et des sciences économiques de Dakar. Elle a obtenu par la suite avec la mention Bien, sa licence en droit public à Paris.

Elle a effectué un petit crochet d’un an à l’Ecole des Impôts à Paris avant d’entreprendre la filière de la diplomatie à l’Institut des hautes études d’Outre Mer (toujours à Paris). Au terme de sa formation, elle retourne au pays où elle intègre la fonction publique en 1964. Du ministère des affaires étrangères où elle occupait le poste de directrice des affaires administratives et consulaires, elle est accréditée en tant qu’ambassadeur du Bénin près le Nigeria. Une première dans l’histoire politique béninoise : une femme ambassadeur.

C’était en 1982, en pleine période de la révolution marxiste léniniste. En 1988, elle achève sa mission chez le grand voisin de l’Est et va poser ses valises au Canada où elle fera 6 ans. Il faut dire qu’entre temps, elle a exécuté plusieurs missions étrangères pour son pays. En 1994 elle est admise à la retraite. Mais elle ne va pas pour autant se donner du répit. Elle est actuellement présidente du MAEP (Mécanisme africain d’évaluation par les pairs), section béninoise. S’occupant aussi des activités sociales, elle est Vice- présidente du Fulam ( Front uni de lutte contre l’avancée de la mer).

Elle a de nombreuses distinctions honorifiques à son actif :

- 1972 : chevalier dans l’ordre du mérite du Bénin.

- 1991 : chevalier dans l’ordre national de la République du Bénin.

- 1988 : titre traditionnel coutumier de ‘’High Chief of Ifê’’ conféré par sa Majesté Alaiyeluwa Oba Okunnade Sijuwade Oloubouse II Oni de Ifê à l’issue de sa mission au Nigeria.

-  Madame Karimou Rafiatou, 1ère femme ministre au Bénin

Karimou Rafiatou est la 1ère femme à occuper le poste de ministre au Bénin.

Ancien Ministre de la Santé de 1989-1990, ancien Ministre des Enseignements Primaire et Secondaire (2003-2006), elle est présidente de l’Ong Edu- 2F. Épouse Karim Bassabi, Karimou Rafiatou a un parcours professionnel élogieux. Professeur de l’Enseignement secondaire, sociologue et spécialiste en gestion des ressources humaines et en genre et développement, l’élue députée pour la première fois en mars 1999 est née le 02 mai 1946 à Sakété, dans le département du Plateau. Mariée, elle est mère de 03 enfants.

Ex-membre du parti "Madep, Madame Karimou Rafiatou a été présidente du Groupe parlementaire "Nation et Développement" et membre de la Commission des Relations extérieures. Récemment, alors qu’elle s’active dans l’éducation des filles et des femmes, elle a été victime d’un accident dans le cadre d’une tournée de sensibilisation.

Les circonstances du drame

De retour d’une séance de sensibilisation sur la scolarisation des filles à Djougou, la délégation du Réseau des anciennes femmes parlementaires et ministres a été victime d’un grave accident de circulation à la hauteur d’Adjiro à 11 km de Bassila. C’était le 14 novembre 2008. De cet accident survenu suite à l’éclatement du pneu arrière du véhicule, cinq des victimes ont sur le champ rendu l’âme. Par contre, deux d’entre elles ont survécu, mais blessées à des degrés différents dont Karimou Rafiatou, alors plongée dans un profond coma.

La seule passablement blessée a pour nom Madame Léonce de Campos. Les cinq personnes décédées ont noms : Régine Akindès, Véronique Dédjinou, Julienne Hounkpessodé, Véronique Ahoyo (ancien ministre des affaires sociales sous le président Soglo) et le chauffeur, Hervé Honvènon.

Sur instruction du secrétaire général de la préfecture de Natitingou, les corps ont été transférés à la morgue de Natitingou.

Après quelques soins d’urgence dans un hôpital du septentrion, l’ancienne ministre Karimou Rafiatou est revenue à Cotonou pour des soins d’urgence au Cnhu Hubert K Maga. A la date d’aujourd’hui, elle a recouvré sa santé et a repris son bâton de pèlerin en main pour la cause de la femme.

- Marie-Elyse Gbédo, 1ère femme candidate /Election présidentielle au Bénin

Vraie femme d’action, impressionnante par la force de ses convictions, Maître Marie Elyse Gbédo est présidente de l’Association des femmes juristes du Bénin (Afjb). Ancienne ministre du commerce, de l’artisanat et du tourisme, avocate en droit des affaires, celle que les Béninoises ont surnommée la dame de fer, est la 1ère femme candidate à l’élection présidentielle au Bénin en 2001.

Pour la deuxième fois en mars 2006, elle a tenté de briguer la magistrature suprême dans son pays. D’une beauté qui résiste au poids de l’âge, en lutte pour radicalement changer les mœurs politiques de son pays, Marie-Elise Gbédo n’a pas fini de faire parler d’elle avec ses nombreuses prises de postion sur les faits qui touchent à la dignité de la femme et à la vie sociopolitique du Bénin

En 1975, elle quitte Porto Novo pour l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne. Dix ans plus tard, elle prête serment devant la Première Chambre de la Cour d’Appel de Paris. Elle mesure la chance qu’elle a eue de voyager, de pouvoir faire de bonnes études et d’avoir toujours été soutenue par sa famille. Ses parents, l’un, fonctionnaire et l’autre sage-femme, étaient des intellectuels qui mariaient modernisme et tradition. Décédée depuis longtemps, sa mère était une femme libre, puisque Marie-Elyse se souvient d’elle, vêtue dans son jardin d’un short rouge et d’un tee-shirt, une tenue encore aujourd’hui considérée comme indécente pour une mère de famille africaine.

L’atout principal de Marie-Elise Gbédo est son tempérament inflexible. Vice-présidente de l’AFJB pendant huit ans, elle savait que tout le monde était persuadé que c’était elle la présidente. Pourquoi ? « J’ai plus de charisme. C’est tout. Ça ne s’achète pas, c’est Dieu qui me l’a donné ». C’est en effet toujours elle qui a su se mettre en avant et a eu le courage de dénoncer les discriminations à l’égard des femmes. Quand elle se présente à l’élection présidentielle de 2001, elle veut avant tout aller jusqu’au bout de ses idées et prouver que les femmes peuvent être chef. Dans le cadre de ses activités à l’AFJB et de ses interventions médiatiques, elle dit constamment aux femmes : « vous pouvez ! ». En politique, elle défendra le même programme, fondé sur la justice, socle de l’économie et du développement social.

« Une femme éduquée s’investira nécessairement dans l’éducation de ses propres enfants. Il faut donc une véritable volonté politique pour développer la scolarisation des enfants, notamment celle des petites filles », disait-elle. Marie-Elise Gbédo se bat et se battra toujours dans ce sens. Elle a peut-être un seul regret, celui de n’avoir pas eu de filles, mais deux garçons, qui connaissent parfaitement le combat de leur maman.

Maître Marie Elyse Gbédo est née le 29 Décembre 1954 à Mankono (Côte d’Ivoire). Maîtrise en Droit, option "Carrières Judiciaires" Université de Paris I Panthéon-Sorbone. DEA de Droit des affaires, Université Panthéon- Sorbone. Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (C.A.P.A), ancienne ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme du Bénin. Candidate à l’élection Présidentielle de mars 2001.

Candidate aux Elections Présidentielles de Mars 2006. Présidente du Conseil des Ministres ACP dans le cadre des négociations de la Convention Lomé IV avec l’Union Européenne. Membre du Conseil Exécutif de l’organisation Mondiale du Tourisme (OMT). Avocate à la Cour. Présidente de l’Association des Femmes Juristes du Bénin (A.F.J.B). Présidente du Réseau des cliniques et Centre d’Aide Juridiques des Femmes Francophones. Membre du Comité Consultatif du National Democratic Institute (NDI).

Conseiller juridique du Comité national de suivi des recommandations de la Conférence économique nationale et membre de la Cellule nationale de pilotage (Bureau Exécutif). Réception dans l’Ordre National du Bénin au grade de commandeur. Auteur de nombreux livres dont "Le destin du roseau" lancé en 2005.

- Gisèle L. Hountondji : « Etre écrivain n’est pas un mérite, c’est un don, une passion, un talent. »

L’une des pionnières de la littérature féminine béninoise avec son roman Une citronnelle dans la neige (paru en 1986), Gisèle Léonie Hountondji, est loin d’être une aventurière du monde des lettres. Si à l’âge de 45 ans, elle n’a pu avoir à son actif une autre œuvre significative, ce n’est nullement parce qu’elle est en panne d’inspiration, mais parce qu’elle s’est fait une tout autre conception de l’écriture pour ne pas dire de l’écrivain. Son parcours professionnel montre en effet que sa passion pour les langues ne s’est jamais émoussée.

Après sa maîtrise pratique bilingue (Anglais-Espagnol option Droit) en 1977 à l’Université de Paris IV-sorbonne et son CAP d’interprète de conférence Anglais-Français à Londre en Angleterre en 1983, elle est depuis 1984, traductrice au Centre béninois de la recherche scientifique et technique (CBRST).

Pour savoir comment son œuvre a été accueillie en son temps, les bons et mauvais souvenirs qu’elle a gardés de cette époque …, voici l’interview qu’elle nous a accordée.

« Quand mon livre a été publié en 1986, j’ai été portée en triomphe. Mon nom était cité dans tous les débats intellectuels. Cependant, je ne croyais nullement avoir fait quelque chose d’extraordinaire. Comme l’a dit l’ancien directeur de la loterie nationale, Emmanuel Guidibi, ‘’on ne vous connaît que quand vous êtes la première personne à faire quelque chose’’

Vivant en France et étant adaptée à la culture française, je n’ai fait que ce que tout le monde faisait autour de moi. J’ai appris à tenir mon journal tous les jours. Donc je n’ai pas eu de peine à produire mon roman. Je serais toujours restée en Afrique et je ne le ferais peut-être jamais parce que ce n’est pas une culture africaine de tenir un journal intime tous les jours c’est-à-dire noter les événements de chacune de ses journées dans un cahier.

Etre écrivain n’est pas un mérite, c’est une passion comme tout autre

Je ne crois pas qu’on puisse s’en orgueillir, parce que c’est un don. Les gens m’admiraient parce qu’ils ne s’en revenaient pas de voir une femme écrire un livre. J’étais donc vraiment honorée. Mais j’ai compris par la suite que c’était mon côté ‘’Yovo’’ (blanc) qu’ils appréciaient. Cet accueil formidable qu’on faisait à ma personne et à mon œuvre s’expliquait un peu par mon acculturation. C’est vrai que dans mon livre, c’est une Béninoise, une Africaine qui parle, mais je ne l’ai pas fait en étant trempée dans la culture de chez nous.

Mais dites-vous que mon père n’était pas du tout content de moi. M’ayant envoyée en France, il s’attendait à ce que je revienne avec de gros diplômes et beaucoup d’argent. Et c’était avec un livre que j’étais rentrée. Nous sommes restés en conflit pendant longtemps. Cela n’a pas été facile.

S’il y a un mérite là, c’est peut-être d’avoir suscité des vocations. Des gens se sont rendus compte qu’une femme peut écrire et ont commencé par le faire.

Toutefois, je sais combien c’est difficile d’écrire, depuis que j’ai mon métier. Car il faut disposer du temps matériel pour le faire. De nombreuses personnes ont envie d’écrire mais elles n’ont pas le temps matériel. A cela doit s’ajouter la disponibilité d’esprit. Il faut d’abord avoir l’esprit dégagé de tout souci.

C’est plus pénible pour les femmes qui ont un métier comme moi.

Quand une femme a un métier, cela veut dire qu’elle en a deux.

La femme a deux « journées de travail par jour ».

Si elle est fonctionnaire, elle finit une première journée de 8 heures d’horloge et commence la seconde à la maison, le soir au ménage. Et dans ces conditions, certaines femmes pensent que c’est valorisant de se taper deux fois de travail plus que l’homme et prétendre à l’égalité avec celui-ci.

Ainsi, quel temps peut avoir une femme pour écrire après deux « journées de travail par jour » ? Ce n’est pas facile. Cependant, je n’ai jamais cessé d’écrire. J’ai participé à des ouvrages collectifs tels que La petite fille des eaux (un roman) et Cotonou, regards sur une ville.

C’est parce que je ne voudrais pas supplier des institutions de la francophonie et autres pour me faire publier qu’on croit que je n’écris plus. J’ai plein de manuscrits dans mes tiroirs. Et je ne veux non plus gaspiller mon argent pour publier des livres que personne ne lirait. Les gens n’ont pas encore mangé à leur faim et vous voulez qu’ils achètent quoi à lire ?

Si on publiait au moins dans les langues nationales, les gens pourraient y accéder facilement.

C’est pour cela que je n’écris que quand on me le demande. Pour La petite fille des eaux ou Cotonou, regards sur une ville, on m’a demandé des textes. C’est ainsi qu’on me sollicite aussi de l’étranger et j’écris. Mais publier à mes propres frais, je refuse.

On ne peut pas faire de l’écriture une carrière.

Ce n’est pas possible, même dans les pays développés.

J’ai écris Une citronnelle dans la neige parce que j’avais une cause à défendre. Je militais pour la valorisation de la race noire. Mon rêve était de faire de l’Afrique un endroit où il fait bon vivre afin d’empêcher les jeunes de se ruer vers l’occident à la recherche du bonheur.

Un conseil aux futures écrivaines

S’il faut donner un conseil à des femmes qui voudraient s’engager dans l’écriture, je leur demanderais d’avoir d’abord leur gagne-pain, car il n’y a pas une carrière d’écrivain. Et on n’est pas écrivain parce qu’on veut devenir célèbre. C’est quand on veut devenir coûte que coûte célèbre qu’on est prêt à ramper devant des maisons d’éditions pour se faire publier. Il faut garder sa dignité. C’est important.

Curriculum – Vitae

Nom et Prénoms  : HOUNTONDJI Gisèle Léonie
Nationalité  : Béninoise
Date et Lieu de naissance  : 19 juin 1954 à Cotonou
Situation de famille  : Célibataire
Adresse  : Carré N°871/B Boîte Postale 041 BP 47 Cotonou
Tel : 21 35 04 49

Diplômes

▪ CAP d’interprète de Conférence Anglais-Français à Londres en Angleterre (The Polytechnic of Central London) en Avril 1983.

▪ Maîtrise pratique bilingue (Anglais-Espagnol option droit) université de Paris IV- Sorbonne en juin 1978

▪ Licence de Langue Etrangères Appliquées Anglais-Espagnol (Option droit) (Université de Paris IV- Sorbonne), juin 1977.

▪ Baccalauréat Classique A2 en juin 1972 (Cours secondaire Jeanne d’Arc à Abomey au Bénin).

Publications

▪ ‘’La Petite Fille des Eaux’’ ouvrage collectif Edition N’dzé (Collection Romans) 1er juin 2004, Paris.

▪ ‘’Cotonou, regards sur une ville’’, ouvrage collectif Editions Esprits Libres, 10 avril 2001, Cotonou

▪ Chroniques hebdomadaires dans le journal ‘’La Nouvelle Tribune’’, de novembre 2002 à février 2003, Cotonou

▪ ‘’Une Citronnelle dans la Neige’’ roman, aux Nouvelles Editions Africaines BP 4862 Lomé – Togo, en juin 1986

▪ Plusieurs articles de société dans la presse béninoise dont ’’La Nation’’ (Quotidien National).

Expériences professionnelles

.Traductrice au Centre béninois de la recherche scientifique et technique (CBRST) depuis 1984.

. Sur le plan national et international, elle ne cesse d’être sollicitée à des conférences, ateliers, fora et autres rencontres de discussions pour faire valoir ses compétences professionnelles.


ONG Dignité Féminine

La Presse au Bénin